Allemagne : des dizaines de milliers de jeunes dans la rue, heurts à Francfort
Samedi, des dizaines de milliers de jeunes ont défilé en Allemagne pour réclamer plus de moyens pour l'éducation. À Francfort, les affrontements ont dégénéré en émeutes et pillages.
Samedi, des dizaines de milliers de jeunes ont manifesté dans plusieurs villes allemandes à l'appel du collectif GenZ regelt, un nom qui renvoie aux personnes nées entre 1995 et 2012. Inspiré par la mobilisation française, le mouvement réclame davantage de moyens pour les écoles, dénonce la vie chère et le possible retour du service militaire, tout en alertant sur le réchauffement climatique. Les cortèges ont défilé à Berlin, à Francfort, à Cologne et dans des dizaines d'autres villes. Quelque 170.000 personnes s'étaient inscrites en ligne selon les organisateurs, un nombre apparu inférieur à leurs prévisions. Des pancartes réclamaient aussi le départ du chancelier Friedrich Merz.
Les tensions se sont concentrées en soirée, lorsque certains groupes ont refusé de quitter les lieux. À Francfort, des émeutiers masqués ont saccagé des magasins, dont un magasin d'armes, pendant qu'une grande partie de la principale artère commerçante était bouclée par les forces de l'ordre. Face à des jets de pierres, de feux d'artifice et de cocktails Molotov, la police a fait usage de canons à eau et de gaz lacrymogène. Au moins un policier a été blessé, et un suspect a été interpellé avec deux armes saisies, selon les forces de l'ordre.
À Hambourg et à Cologne, la police a également utilisé des canons à eau, affirmant que des manifestants ciblaient des secouristes avec des feux d'artifice, des pierres et des bouteilles. Dans certains cas, des sprays au poivre ont aussi été employés. Roman Poseck, ministre de l'Intérieur du Land de Hesse, a affirmé qu'une centaine d'extrémistes de gauche clairement identifiés s'étaient infiltrés dans le cortège francfortois, et il a jugé que « la façon dont cet événement s'est terminé ici, à Francfort, est honteuse ».
Les autorités redoutaient que la coïncidence avec Halloween ne tourne à la violence, comme dans d'autres pays européens. Le ministère allemand de l'Intérieur, inquiet d'une possible présence de militants radicaux venus de l'étranger, est en contact avec les autorités françaises et italiennes. Il distingue toutefois les manifestations étudiantes pacifiques d'une mouvance extrémiste violente susceptible de détourner les rassemblements. De son côté, la ministre de la Famille, Karin Prien (CDU), a appelé les jeunes à s'engager dans les partis sans recourir à la violence, et à ne pas se laisser récupérer par les extrêmes, de droite comme de gauche.
La porte-parole du mouvement, Veronika Dinter, défend une existence accessible à tous et estime que plus personne ne croit à un avenir meilleur si rien ne change. GenZ regelt affirme rejeter la violence, les symboles anticonstitutionnels, le racisme et les discours de haine, quel qu'en soit le bord politique. La BSK, organisation officielle qui rassemble les représentants d'élèves des régions allemandes, a critiqué le manque de transparence du collectif et n'a pas participé aux cortèges. Elle appelle à manifester dans le calme le 20 novembre pour de meilleures conditions d'éducation.
Comme dans de nombreux pays d'Europe, les moyens alloués aux écoles, lycées et universités se réduisent dans ce pays particulièrement vieillissant. Les disparités sont fortes, puisque l'éducation relève des régions et non de l'État fédéral.
